Pas de pêches miraculeuses près du mont sous-marin La Pérouse

Publié le : , par Bach Pascal

L’histoire ne dit pas si, lors de son périple dans l’océan Indien, entre 1773 et 1777, Jean François de Galaup, comte de La Pérouse, aurait posé ou traîné quelques lignes autour du mont sous-marin qui porte son nom.

Les monts sous-marins, en règle générale, sont connus pour abriter des ressources en poissons démersaux tels que Lutjanidés, Serranidés, Trachichthyidés, Berycidés, et d’agréger des grands pélagiques tels que thons, marlins, requins voire des mammifères et oiseaux marins.
La mission La Pérouse a voulu prospecter ce qu’il en était de ces ressources, sur et autour de cet oasis immergé. Pour ce faire, l’équipe scientifique a recruté un maître de pêche spécialiste de la palangre démersale (ligne équipée d’hameçons régulièrement espacés et posés sur le fond), et équipé le N/O Antea d’un vire-ligne qui s’est révélé être un vire-filet (!!!), bien confiné à proximité du treuil bâbord d’une des funes de chalut, position ne facilitant pas la manipulation du poste de commande du vire-filet.

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Vire-ligne (Crédit photo : Francis MARSAC)


Fort d’une nouvelle bathymétrie du mont réalisé dans le cadre de cette mission (voir la page précédente du blog de cette mission), nous avons réalisé 4 poses de 180 hameçons répartis sur une longueur de ligne de 600 m. Les profondeurs prospectées étaient 250 – 300 m, 70 – 100 m (2 pêches) et 500 – 800 m. Les poses des lignes (filage) se sont déroulées entre 7:00 et 7:30 (heure de Sète + 1:00) et les retraits (virages) vers 14:00. La ligne bien rangée dans une caisse avec les hameçons appâtés disposés tout autour était filée lentement sans intervention humaine pour éviter que des hameçons viennent accrocher main, bras ou jambe. Ce mode de filage était une innovation puisque le type de ligne utilisée est habituellement filée avec un appâtage automatique des hameçons qui descendent les uns après les autres, et non en paquet comme nous avons pu l’expérimenter. Les forts courants (jusqu’à 2 nœuds), la dureté du fond et la mauvaise adaptation du navire et son gréement pour ce type d’activité, ne nous ont pas facilité la tâche.

Peu, très peu d’individus capturés (6 au total, 4 raies de la même espèce Himantura fai, 1 murène et 1 individu de l’espèce Etelis carbunculus que nous aurions pensé voir en plus grand nombre)

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Raie sur le pont (Crédit photo : Hervé Demarcq)
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Raie (Crédit photo : Hervé Demarcq)
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Murène (Crédit photo : Francis MARSAC)
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Etelis carbunculus (crédit photo : Francis Marsac)


En conclusion, des difficultés de mise en œuvre de l’engin au filage et au virage et peu, très peu de captures sur un mont sur lequel nombreux palangriers réunionnais font « la godaille » sur leur route vers les zones de pêche à l’Est de Madagascar.

Pourquoi ? La palangre s’est pourtant bien posée sur le fond, la preuve les 100 hameçons tordus ou cassés à remplacer après chaque virage !!!

Mauvais choix des secteurs de pêche, mauvaise saison (aucun palangrier de la flottille réunionnaise habituée à fréquenter les lieux n’étaient présents sur zone), ou ressource qui s’est raréfiée.
La dangerosité de ces opérations liée à la météo qui ne nous a pas simplifié la tâche, nous a amené à transformer cette palangre démersale auto-lestée en palangre dérivante de surface.

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Palangre dérivante (Crédit photo : Francis MARSAC)

Les deux autres pêches n’ont pas été plus fructueuses, même si certains indices

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Hameçons tordus (crédit photo Francis Marsac)

laissent penser que certains individus (certainement des requins tigre, Galeocerdo cuvier) n’étaient pas prêts à venir sur le pont. Deux pêches de 50 hameçons avec une capture d’un requin pointe blanche, Carcharhinus albimarginatus, remis à l’eau vivant après mensuration. Heureusement, les traditionnelles lignes de traîne ont permis de capturer 2 mahi mahi, 1 wahoo et 1 thon jaune. Il y a 250 ans environ, La Pérouse avait peut être utilisé le même engin de pêche pour remplir ses cales.

Conclusion : quand on va prospecter une zone de pêche fréquentée, c’est qu’on pense qu’on va pêcher, c’est comme quand les mouettes suivent un chalutier, c’est qu’elles pensent qu’on va leur jeter des sardines. Vigilance avec les "priors".

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MARBEC MARine Biodiversity, Exploitation and Conservation, est une unité de recherche qui regroupe des personnels de 4 organismes : l’IRD, l’Ifremer, l’UM et le CNRS. Son objectif est l’étude de la biodiversité marine des écosystèmes lagunaires, côtiers et hauturiers à différents niveaux d’intégration, depuis les aspects moléculaires, individuels, populationnels et communautaires, et des usages de cette biodiversité par l’Homme. Nous rejoindre