Les insulaires d’Abraços 2 : les oiseaux

Publié le : , par Bertrand Sophie

Les insulaires d’Abraços 1 : les pêcheurs, 13 octobre
Abraços sous oxygène, 12 octobre
Abraços sens dessus dessous, 6 octobre
Abraços à Fernando de Noronha, 1er octobre
ABRAÇOS sous la lune rousse, 29 septembre
Abraços, 18 septembre

L’archipel de Fernando de Noronha est un oasis de vie marine au milieu d’un océan ouvert, relativement pauvre. L’archipel abrite la plus grande concentration d’oiseaux marins tropicaux de l’Atlantique Ouest, et joue un rôle clé dans la reproduction et la dispersion des organismes marins dans l’Atlantique Sud Tropical.
Malgré cette importance écologique, peu de travaux ont été réalisés sur les oiseaux de Fernando de Noronha. Hormis des observations épisodiques, les travaux les plus importants ont été réalisés jusque là par la FURG (analyses isotopiques d’échantillons biologiques pour établir les régimes alimentaires des différentes espèces). L’équipe à terre d’Abraços (IRD – Sophie Bertrand et FURG – Guilherme Tavares) a réalisé entre les 21 septembre et 8 octobre, les premiers marquages électroniques d’oiseaux marins à Fernando de Noronha sur des fous, et est venu appuyer les premiers marquages électroniques de phaétons qui étaient en cours de réalisation par Leila Figueiredo de la UFAL . Les GPS utilisés sont de simples enregistreurs. Il faut donc capturer deux fois le même oiseau, une fois pour déployer l’équipement, et une seconde fois pour récupérer l’appareil et les données qu’il contient.
Leila travaille sur l’îlot de Chapeu où des phaétons nichent dans des anfractuosités de la roche basaltique. L’île est accessible à pieds, seulement à marée basse, et si le coefficient n’est pas trop fort. Leila a commencé les premiers déploiements de GPS il y a quelques jours, mais est confrontée à de nombreux problèmes techniques avec les appareils qu’elle utilise. Guilherme et Sophie, qui ont de l’expérience avec ces enregistreurs, l’aident à résoudre un certain nombre de problèmes qui en limitaient l’autonomie et qui empêchaient de suivre les voyages en mer des phaétons qui peuvent durer 6 à 7 jours !

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Chapeu, ilôt plat à droite sur la photo


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Chapeu, nid de Phaéton sur œuf


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Chapeu, nid de Phaéton sur poussin




Lors de la visite à Chapeu, un premier fou masqué (Suladactylatra) est équipé d’un GPS. Mais son poussin, d’environ 3 semaines, est déjà grand. Les parents passent donc très peu de temps au nid, et nous avons des difficultés à recapturer l’individu équipé. C’est Leila, plusieurs jours plus tard, qui réussira à récupérer l’équipement.

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Chapeu, nid de fou masqué



Guilherme et Sophie visitent ensuite plusieurs îlots secondaires, pour identifier une colonie de fous où travailler. Ils bénéficient, pour cela, de l’aide précieuse des pompiers de Fernando de Noronha qui ont accepté de collaborer au travail, en mettant quotidiennement et gracieusement à disposition leur zodiac et une équipe pour assurer les transferts.

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Transfert vers les îlots secondaires grâce au soutien logistique des pompiers de Fernando de Noronha



C’est l’îlot de Meio, au Nord-Est de l’île principale, qui offre les meilleures conditions : une belle colonie de fous à pieds rouges (Sulasula,) avec des poussins de 1 à 3 semaines, nous garantissant un attachement fort des parents au nid, et donc de bonnes chances de recaptures. Nous repérons aussi quelques rares nids de fous bruns (Sulaleucogaster), tous sur œuf .

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Localisation des îlots Chapeu et Meio




Colonie de fous à pieds rouges sur poussins



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Nid de fou brun sur oeuf



Nous établissons à ce moment là, des rotations quotidiennes sur Meio, afin de déployer chaque jour des nouveaux appareils, et de récupérer ceux déployés les jours précédents. Les journées sont passées dans la colonie…et les soirées au laboratoire pour lire les données et préparer les appareils à déployer le lendemain.

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Un fou à pieds rouges équipé d’un GPS fixé sur les rectrices (plumes de la queue).


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Travail au laboratoire



En examinant les premiers voyages enregistrés, nous nous apercevons que, si les adultes ne dorment pas en mer, leurs voyages sont toutefois très longs. La majorité des adultes partent avant le lever du soleil vers 4h, et rentrent bien après son coucher, vers 19-20h. Les derniers jours de la mission, nous établissons donc un campement sommaire sur l’îlot, afin d’augmenter nos chances de recapture en travaillant la nuit.

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Campement sur Meio



Cette première expérience de marquage électronique à Fernando de Noronha est un succès : nous avons pu équiper une quinzaine de fous et une trentaine de phaétons, documentant ainsi une cinquantaine de voyages en mer d’oiseaux marins. L’analyse de ces données va nous permettre de définir avec précisions les habitats effectifs de ces différentes espèces, et surtout de comprendre mieux leur écologie, grâce à leur croisement avec les données collectées simultanément par l’Antéa.

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MARBEC MARine Biodiversity, Exploitation and Conservation, est une unité de recherche qui regroupe des personnels de 4 organismes : l’IRD, l’Ifremer, l’UM et le CNRS. Son objectif est l’étude de la biodiversité marine des écosystèmes lagunaires, côtiers et hauturiers à différents niveaux d’intégration, depuis les aspects moléculaires, individuels, populationnels et communautaires, et des usages de cette biodiversité par l’Homme. Nous rejoindre