La campagne "La Pérouse" à bord de l’Antéa a débuté

Publié le : , par Marsac Francis

Cette campagne a pour objectif de caractériser l’environnement physique et biologique du mont sous-marin La Pérouse situé à 160 km au NW de La Réunion, Océan Indien, et de tenter d’en expliquer la productivité.

Situé à 19°42’S et 54°07’E, il est traversé par le puissant courant sud-équatorial portant à l’ouest et l’on peut s’attendre à des mouvements de masse d’eau différents entre les versants est et ouest de ce relief. Ce mont sous-marin est un ancien volcan qui, planté à près de 5000 m de profondeur culmine à moins de 60 m de la surface (soit la hauteur du Mont Blanc). Sa cartographie était très imprécise et l’un des premiers livrables de cette campagne est la production d’une topographie détaillée. Ce levé nous permet ensuite de déterminer les lieux les plus appropriés pour l’étude de ce guyot, depuis son plateau, le long des açores et dans les quelques kilomètres qui l’entourent. Le programme comporte des stations d’hydrologie, des collectes de phytoplancton (pigments chlorophylliens), de zooplancton (traits obliques de filets Bongo) et de micronecton (à l’aide d’un chalut) qui constitue les proies des prédateurs supérieurs. Des pêches à la palangre profonde, sur les pentes du guyot, sont prévues pour identifier la diversité en poissons démersaux. Des thons pourraient être marqués avec des pop-up pour étudier leurs mouvements à partir de ce relief sous-marin. Enfin, les contenus stomacaux de poissons capturés sur le fond et à la traîne seront récoltés.

Le navire ANTEA a quitté La Réunion vendredi 16 septembre.

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l’ANTEA à quai à La Réunion (crédit photo : Francis Marsac)


On peut dire qu’Eole ne nous fait pas de cadeau. Depuis le départ, la mer est agitée, avec des vents autour de 35 à 45 km/h (et rafales à 55 km/h). Quand on n’est pas vent arrière, l’ANTEA bouge beaucoup, dans tous les sens (coque catamaran oblige !!) et devient très inconfortable. Dans ces conditions, seuls des suivis acoustiques et des chaluts de nuit ont été conduits. Nous attendons une météo plus clémente d’ici la fin de la semaine pour dérouler les autres aspects de la mission.

Le sondeur multifréquence montre que les détections les plus denses sont localisées sur les accores du relief, mais cette position ne facilite pas leur capture avec le chalut car les fonds remontent très vite et il y a toujours le risque de croche qui serait fatal à ce type de filet. Deux traits à 500 m de profondeur ont permis de ramener à bord des espèces assez classiques de poissons mésopélagiques (dont une large proportion de poissons-lanternes, myctophidés, aisément repérables à leurs photophores, organes lumineux) , de calmars et de crustacés (crevettes d’un rouge flambant).

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Petit calmar Enoploteuthidae sp capturé au chalut à 500 m (crédit photo : Francis Marsac)
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Magnifiques calmars Histioteuthis sp capturés à grande profondeur (crédit photo : Francis Marsac)


Mais le premier trait de chalut nous a aussi ramené une surprise, un poisson qui a été très difficile à déterminer, puisque jamais encore observé dans l’Océan Indien. Il s’agit d’une rascasse pélagique (Ectreposebastes niger), décrite par Fourmanoir (ancien chercheur de l’ORSTOM) et jusqu’à présent uniquement identifiée dans le Pacifique.

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Rascasse pélagique Ectreposebastes sp, apparemment très rare dans l’Océan Indien (crédit photo : Francis Marsac)

L’équipe taxonomie de cette mission, bien affairée autour des collectes de chalut et des contenus stomacaux (3 coryphènes pêchées à la traine) est essentiellement composée d’Yves Chérel (CNRS), Evgeny Romanov (Hydro-Réunion, ancien CDD IRD) et Pavanee (Angelee) Annasawmy, notre doctorante Marbec qui débute sa thèse sur les monts sous-marins.

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Une partie de l’équipe dans le laboratoire sec de l’ANTEA (crédit photo : Francis Marsac)
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Poissons trouvés dans l’estomac d’une coryphène pêchée à la traine (crédit photo : Francis Marsac)
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Une partie de l’équipe sur le pont… port du casque et de chaussures de sécurité obligatoire (crédit photo : Francis Marsac)

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MARBEC MARine Biodiversity, Exploitation and Conservation, est une unité de recherche qui regroupe des personnels de 4 organismes : l’IRD, l’Ifremer, l’UM et le CNRS. Son objectif est l’étude de la biodiversité marine des écosystèmes lagunaires, côtiers et hauturiers à différents niveaux d’intégration, depuis les aspects moléculaires, individuels, populationnels et communautaires, et des usages de cette biodiversité par l’Homme. Nous rejoindre